Saint Maur

Description générale
Au début du 12e siècle, l’abbaye Saint-Martin de Tournai fait construire quatre grandes censes dont Wisempierre. Celle-ci est située en la paroisse d’Ere, mais juste à la limite d’un domaine relevant de la paroisse Saint-Piat à Tournai. Quelques masures et une chapelle (« capella Sancti Mauri en Duissempiere ») y sont érigées.
En 1326, le Chapitre cathédral de Tournai détache de la paroisse Saint-Piat cette portion de territoire et l’érige en paroisse distincte. La nouvelle paroisse, et le village, prennent le nom du patron de la chapelle, Saint Maur. On lui adjoint le lieu-dit Warnaffe, avec la ferme du même nom appartenant également à l’abbaye Saint-Martin. Warnaffe faisait jusqu’alors partie de la paroisse de Chercq.
Le village de Saint-Maur apparaît donc comme l’un des moins anciens de la région : il n’aura que 700 ans en 2026.
Avant la Révolution Française, la seigneurie de Saint-Maur était partagée entre le Baron d’Ere, seigneur du lieu ou du clocher, et l’abbaye Saint-Martin qui en possédait la plus grande partie des terres. La superficie du village est de 332 hectares pour une population s’élevant en 1976, avant les fusions, à 470 habitants.
Outre l’agglomération centrale, s’articulant autour de la place et de l’axe Tournai – Wez-Velvain, on ne relève qu’un seul hameau, le Pont-à-Rieu, et un lieu-dit, Warnaffe. L’altitude varie d’environ 70 mètres au centre de la commune à 25 mètres à l’extrême nord du territoire, dans la vallée du rieu de Barges.
Effectuons une petite balade dans le village.
La Grand’Place
La grand’place est l’une des plus remarquables et des plus grandes du pays. Elle couvre une superficie de plusieurs hectares. C’est le type même de ce que les auteurs britanniques désignent par les termes « square village » ou « green village ».église et place
Elle a une forme trapézoïdale et est couverte d’herbe ; les maisons se succèdent sur son pourtour. En son centre se dresse l’église entourée du cimetière.
Sous l’Ancien Régime, les places publiques dont Saint-Maur est le plus grand exemple, portaient le nom de « waréchaix », « trieu », « rejet », « marais » ou encore « communes ». C’était le lieu de rassemblement du bétail, un pâturage collectif. On y « soyait » de l’herbe pour la nourriture des petits animaux domestiques ; il y poussait diverses espèces d’arbres… Bref, c’était un lieu appartenant à la communauté villageoise et où celle-ci exerçait des droits d’usage.

Située au centre de la grand’place, l’église de Saint-Maur.
L’on sait que la grand’place de Saint-Maur était jadis plantée de tilleuls magnifiques qui furent abattus en 1805. Il en subsistera cependant un, non loin de la ferme de Wisempierre. L’ensemble formé par la grand’place et son tilleul tricentenaire est classé depuis le 23 novembre 1976 par la Commission Royale des Monuments et des Sites.
En 1989, sans doute dans le but de renouer avec le passé, la ville de Tournai a procédé à la plantation de trente-sept nouveaux arbres de la même espèce autour de la place.
L’église
Au cours des siècles, trois églises au moins se sont succedées sur la place de Saint-Maur.
Le premier édifice est connu par des représentations du 17e siècle. C’était une petite chapelle dont la nef se trouvait précédée d’un court clocher.
De style semi-classique, la seconde église est construite vers 1778 en briques du pays. Elle sera très endommagée lors des bombardements d’octobre 1918. Avant leur départ, les Allemands dynamiteront le clocher. Irréparable, l’édifice est alors entièrement démoli.
Une troisième église est édifiée vers 1925. Elle sera de style néo-gothique, avec tour latérale en façade. Victor Degand, architecte à Bruxelles, dirige les travaux. Bien que construite quelques mètres plus au nord, elle reste pittoresquement entourée de son cimetière. En mai 1940, l’église est à nouveau gravement atteinte par les bombardements. La voûte en partie écroulée, elle restera dans cet état jusqu’au début des années cinquante. Le projet de restauration est établi par Charles Schelstraete, architecte à Tournai ; l’adjudication des travaux ayant lieu le 20 juin 1952.
A l’intérieur, on remarque notamment un confessionnal en style Napoléon III (19e siècle), des fonts baptismaux en marbre rose et pierres de Tournai (18e siècle) et trois statues en bois (18e siècle). Tous ces éléments proviennent de l’ancienne église.
La ferme du Château ou de la Brasserie
Non loin de l’angle nord-est de la place se dresse l’imposante ferme du Château. Elle doit son nom au castel, démoli au 19e siècle, qui se dressait entre la ferme et la rue. On l’appelle parfois aussi ferme de la Brasserie quoiqu’on n’y trouve pas trace qu’on y ait brassé.
Exploitée depuis le 16e siècle, moins ancienne donc que Warnaffe ou Wisempierre, elle appartenait aussi, avant la Révolution Française , à l’abbaye Saint-Martin de Tournai. ferme du château ou de la brasserie
En bordure de la place, la ferme du Château ou de la Brasserie.
Les bâtiments actuels forment un vaste quadrilatère en briques daté par ancres de 1757 au pignon des étables, mais partiellement reconstruit ou transformé. Le portail à front de rue porte un cartouche de pierre provenant de l’entrée primitive, sculpté des armes et de la crosse de l’abbé de Saint-Martin, Yvan de Quesne, avec la devise « Mory Lucrum » et le millésime 1564. Au centre de la cour rectangulaire se dresse une belle tour colombier carrée.
La stèle commémorative.
Le village de Saint-Maur ne possédait pas de monument aux morts, mais seulement une pierre levée dans le porche de l’église. Il faut dire qu’aucun soldat du village n’avait été tué au combat lors de la Première Guerre Mondiale ; et qu’après la Libération de 1944, l’ère des monuments commémoratifs n’était plus de mise.
Pourtant, sur les dix-huit combattants de 1940, deux ne reviendront pas au village…
A l’initiative du Cercle d’Histoire de la Vallée du Rieu de Barges, cette carence est maintenant comblée. Le dimanche 9 novembre 1997, dans le site classé de la place du village, à proximité de la ferme du Château, est inaugurée officiellement une stèle qui sera mémoire. C’est un simple bloc de calcaire tournaisien, sobre et puissant. Une inscription le barre « St-Maur à ses Héros ». Ceux qui sont morts, ceux qui ont souffert…
La Chaussée Romaine
Alors que depuis janvier 2006 et les aberrations des nouvelles dénominations de voiries, Ere possède une chaussée romaine « fictive », Saint-Maur est traversé depuis près de 2000 ans par une véritable voie romaine.
Reliant Bavay à Tournai, la chaussée entre en Belgique à Espain, hameau de Bléharies. Poursuivant son tracé rectiligne, elle passe à proximité de la Pierre Brunehaut à Hollain. Elle atteint le territoire de Saint-Maur qu’elle traverse du sud au nord jusqu’au Pont-à-Rieu. Là son parcours est interrompu, dévié, suite au creusement d’une carrière. Cette chaussée était l’une des plus importantes voies de communication du nord de la Gaule. Au-delà de Tournai et Bavay, elle joignait Boulogne, et donc la Grande-Bretagne, à Cologne sur le Rhin. Son trafic ne se démentira pas jusqu’à la fin du Moyen Âge. Ce n’est plus aujourd’hui, sur la portion qui nous occupe, qu’un chemin de terre où il fait bon promener dans le calme des « coutures ».
La Croix Morlighem
La Croix Morlighem s’élève au milieu des champs le long de la Chaussée Romaine, à la limite de Saint-Maur et Chercq. C’est une massive colonne de pierres, posée sur un imposant piédestal et entourée d’une maçonnerie en briques. Seul le sommet de la croix dépasse de la maçonnerie. Dans la niche, accrochée au fût de pierres, l’image du Christ. croix morlighem
Cet édifice n’a pas vraiment de caractère architectural particulier ; ce qui en fait son intérêt, c’est son ancienneté et ses origines… réelles ou légendaires. On la date de 1414. Plusieurs historiens font état de cette chapelle et plusieurs explications sont données quant à ses origines.
Pour les uns, l’endroit où s’élève la Croix Morlighem était au 14 ème et 15 ème siècles un repaire de brigands ; ceux-ci y attendaient les voyageurs pour les détrousser et parfois attenter à leur vie. Un de ces derniers ayant échappé à une embuscade aurait fait édifier cette chapelle.
Pour d’autres, il s’agirait de la sépulture d’un général anglais faisant partie des armées d’Edouard III, durant la Guerre de Cent Ans. Certains avancent aussi l’idée que le calvaire aurait été érigé en souvenir d’un messager du Chapitre cathédral de Tournai assassiné à cet endroit…
La chapelle a été restaurée dans les années quatre-vingt.
La croix Morlighem se dresse le long de la Chaussée Romaine Tournai – Bavay.
Warnaffe
Au bout de la longue « drève » qui relie la place de Saint-Maur à la chaussée de Tournai à Valenciennes se trouve le lieu-dit Warnaffe.
Avec Taintignies, Longuesault et Wisempierre, Warnaffe était l’une des quatre grandes censes construites par l’abbaye Saint-Martin de Tournai au tout début du 12 ème siècle. Elle sera incendiée, détruite, plusieurs fois au cours de son histoire, notamment en 1302 par les Flamands et en 1340 par les Anglais.

L’abbé de Saint-Martin y avait un pavillon qui lui servait de pied-à-terre et où il se rendait à la belle saison. warnaffe
De nos jours l’antique ferme de Warnaffe n’existe plus. Les bâtiments ont disparu vers le milieu du 20 ème siècle. Une grosse villa est construite à son emplacement. Seuls existent encore quelques murs de clôture en pierres.
A Warnaffe. Ici s’élevait une importante cense de l’abbaye Saint-Martin de Tournai.
Non loin, le long de la chaussée, s’élevait un estaminet bien connu sous le nom de « Relais de la Touille ». Incendié en 1993, il ne rouvrira pas ses portes. La bâtisse sera complètement rasée une dizaine d’années plus tard. Aucune trace n’en subsiste.
Panorama
Quittant la place de Saint-Maur par la route menant au Pont-à-Rieu, on arrive près du lieu-dit « Paradis des Chevaux ».
De là on jouit d’un magnifique panorama sur une partie de la vallée du Rieu de Barges, la ville de Tournai avec le beffroi et la cathédrale, et plus loin le Mont-Saint-Aubert.
Le Pont-à-Rieu
Unique véritable hameau de Saint-Maur, le Pont-à-Rieu se trouve à l’extrême nord de la commune, à proximité du Rieu de Barges. Il se prolonge au-delà du rieu sur le territoire de l’ancienne ville de Tournai. Il s’y trouve une belle petite chapelle de type tournaisien en pierres et briques. L’oratoire original, datait de 1732. Il a été démonté et reconstruit à l’identique à peu de distance en 1929. C’est la construction de la ligne de chemin de fer vicinal Tournai – Saint-Maur – Wez-Velvain qui nécessita ce déplacement.
Au Pont-à-Rieu, la chapelle de style tournaisien
Mais le Pont-à-Rieu, c’est déjà le Pays Blanc. Au 18 ème siècle, plusieurs carrières, dont celle de « La Couronne », sont signalées à proximité. La plus importante toutefois date du 19 ème siècle. Il s’agit de la carrière Delwart. C ‘est elle qui nécessita le détournement de l’antique chaussée romaine. Des chaufours et puis une cimenterie y sont établis. La S.A. « Cimenterie Delwart à Saint-Maur » est fondée en 1926. chapelle du pont à rieuElle donnera du travail à plus de cent septante personnes. La cimenterie était équipée de fours traditionnels et de fours métalliques verticaux dont il subsiste quelques ruines. La cimenterie produisait du Ciment Portland Artificiel.
Les ruines de la Cimenterie Delwart avec les vestiges de l’un des fours métalliques verticaux. ruine de la cimenterie delwart

A l’abandon depuis plusieurs dizaines d’années, le site fait l’objet d’un projet de transformation en lofts. Un assainissement du terrain est cependant nécessaire au préalable. Quant à la carrière, envahie par les eaux, elle fait depuis longtemps le bonheur de clubs de plongée sous-marine.

Gérard LAMOTTE – 12/02/2006.