Chercq

Ichi ch’est Chercq

Dire que Chercq est le dernier village de la vallée du Rieu de Barges signifie simplement qu’il est le plus près de son embouchure et donc fort logiquement le plus éloigné de la source du cours d’eau.
Après avoir traversé les cinq communes sitées entre ces deux extrémités, le Rieu de Barges délimite Chercq de Tournai-ville d’ouest au nord, arrivant à la route provinciale, chaussée d’Antoing sur Tournai, rue Carlos Gallaix sur Chercq, passant sous celle-ci il fait un coude à angle droit pour s’enfoncer pendant quelques centaines de mètres en territoire tournaisien avant de se jeter dans l’Escaut au pied d’un bâtiment des Ateliers Louis Carton. Un peu comme si notre rieu n’avait pas voulu aller embêter un peu plus les moines de Saint Nicolas des Près qui, dès le XIIe siècle, s’étaient installés là en bordure de l’Escaut et avaient de ce fait eu à souffrir des débordements du grand fleuve.
Quant à l’Escaut, c’est aussi une frontière naturelle de Chercq ; celle qui le sépare du nord à l’est du hameau d’Allain et de la commune de Vaulx. On serait tenté de dire : heureusement que les légions de César sont passées chez nous et qu’elles y ont laissé la chaussée Brunehaut. C ‘est en effet cette chaussée romaine qui fait la frontière, du sud à l’ouest avec Saint Maur sinon on aurait pu croire que Chercq est un patelin entouré d’eau car ce qui fait sa limite sud-est avec Calonne, c’est le …« Coulant d’eau ». C’est aussi celui-ci qui a donné son nom à la rue qui le longe.
Ce «Coulant d’eau» a été maçonné, vouté par l’homme pour recueillir les eaux d’exhaure des « Cinq Rocs » et de « Casaque » quand ces carrières étaient en activité, ainsi que les eaux de ruissellement des champs pour les évacuer vers l’Escaut. Au XVIIIe siècle il s’appelait encore « Ruisseau de Warnaffe ».
Mais Chercq n’est pas seulement un village de la vallée du Rieu de Barges, c’est aussi une commune à part entière du Bassin Carrier du Tournaisis, comme le chante si bien Daniel Barbez :
Ichi ch’n’est pus nurvart, ichi ch’est Chercq
Ch’est l’rife gauche de l’Escaut…
Ichi ch’n’est pus nurvart –neon- ch’est l’pays des rocs
I d’a bin ène démi-douzaine alintour…
Pierre de taille, moellons, chaux, ciment, ont été des siècles durant les différentes composantes de la principale industrie locale. Le nom de Chercq ne s’apparente-t-il pas au calcaire de son sous-sol? Dans d’autres langues, Ker, Cherus, Chérence, Cheyrouse, Cherante ne signifient-ils pas pierre ou roche ?
Chercq est aussi une commune du Pays Blanc, un autre nom donné à l’ensemble des villages carriers en raison de la poussière blanche crachée par les fours à chaux qui recouvrait d’un manteau d’hermine les toits des habitations. Une poudre blanche qui petit à petit tournait à la grisaille à mesure que la production cimentière supplantait l’industrie chaufournière. La grisaille de son paysage n’a rien enlevé au charme de la commune de Chercq, ni altéré le caractère et le comportement de ses habitants qui est cordial et social.
Oui !, Chercq est une commune ouvrière, agréable, ou il fait bon vivre. On atteste son existence dès 1108, avec son nom orthographié presque comme aujourd’hui : « Cherc ». Elle a un passé historique qui lui donne ses lettres de noblesse. Les discours, aussi longs et beaux soient-ils ne sauraient remplacer la vue, alors, suivons le guide et en route pour une promenade qui nous fera faire un peu mieux connaissance avec le village.
Départ : Rue Louis Chevalier (anc. Rue de l’Eglise)
Un petit parking, face à l’ancienne Maison Communale, nous permettra d’y laisser nos véhicules. Entreprenons la montée, passé l’église et cimetière l’ancienne ferme Delmarle , abusivement appelée ferme des Chartreux, un bâtiment du XVIIIe siècle à l’allure de château avec sa rangée de colonnes de pierre précédant la façade. Il servit d’hôpital de campagne le soir de la bataille de Fontenoy le 11 mais 1745. Il vit ses derniers jours à vocation agricole. Fin 2006, ce sera la « Résidence des Chartreux » avec 28 appartements de standing.

Ferme article
La Chartreuse : en continuant le même chemin, nous longeons ce qui fut l’abbaye des Chartreux. Construite vers 1375, elle cessa d’exister en 1783 suite à l’Edit de l’Empereur Joseph II ordonnant la suppression de certains ordres religieux. Des bâtiments conventuels, il ne reste pratiquement rien sinon une grange et un puits. C’est la propriété de la famille Thorn qui perpétue le souvenir du monastère en lui donnant le nom de « Clos des Chartreux ». Outre le fait que l’abbaye fut mise à contribution en mai 1745 pour accueillir les blessés, elle reçu aussi des visites de personnages important et fut le siège d’événements historiques.
Passant entre le parc et la drève rectiligne qui rejoint la chaussée de St Amand, nous continuons par le « chemin des morts » ; un nom sinistre dû au fait que les Chartreux y avaient leur cimetière.
Nous arrivons à la Roque du Cornet . En face nous avons la station de pompage de l’ancienne Régie des Eaux de Tournai. Laissons à droite, l’ex rue de la gare, rebaptisée rue Henry Lacoste, architecte renommé dont la famille était originaire de Chercq, prenons à gauche un sentier de terre bordé d’un champ d’un côté, logeant la carrière de l’autre. Nous rejoignons ainsi la chaussée de St Amand.
A gauche, le moulin des Sottices : le malheureux n’a plus que son tronc conique, les ans ont eu raison de ses ailes, de son toit et de sa machinerie. Il y a un peu plus d’un siècle, ils étaient encore trois dans ce coin. A droite, on remarquera le bâtiment abritant autrefois la machine d’extraction de la carrière qu’un particulier a transformé en maison d’habitation.

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Traversons la route, en face, un autre sentier nous mène à la Chaussée romaine et à la croix Morlighem .

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Cette chaussée dite de Brunehaut est un diverticule de la grande chaussée des romains. Nous avons là une chapelle dont une inscription sur une tôle rouillée nous indique qu’elle fut édifiée en 1414. C’est la Croix Morlighem ; les opinions divergent sur les origines de la chapelle, on en connaît au moins trois versions différentes. Par temps clair on y découvre tous les alentours.
Nous suivons la voie romaine, qui n’est plus de nos jours qu’un chemin de terre utilisé par les agriculteurs. Jusqu’à la Carrière de Barges. Nous rejoignons alors la Chaussée de St Amand que nous suivons sur quelques dizaines de mètres pour prendre la rue Thomas Becket (ancienne rue d’En Bas) Nous longeons le Rieu de Barges et trouvons le Moulin à eau , malheureusement en mauvais état, il a moulu le grain avant de faire tourner la machinerie d’une scierie. En face nous voyons les fours à chaux Derasse. Au bout de cette rue, nous tournons) à droite et empruntons la rue Carlos Gallaix.

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Sur la gauche, au milieu d’une prairie, les ruines d’une tour, ce qui reste de l‘Abbaye Saint-Nicolas-des-Prés : construite vers 1130, l’abbaye subit comme celle des Chartreux, les foudres des iconoclastes en 1566. Elle ne se releva jamais vraiment de ce désastre et en 1575, les moines de St Nicolas passèrent un accord avec les Chartreux. Plusieurs fois inondés par les crues de l’Escaut, les moines de St Nicolas rejoignirent leur maison de Tournai. Thomas Becket, archevêque de Canterbury y séjourna deux fois (en 1159 et 1170) d’où le nom donné à l’ex rue d’En Bas.

Prenant le sentier à gauche, entre l’ancienne propriété de l’abbaye et le talus du chemin de fer pour rejoindre l’Escaut et emprunter le « Ravel ». Nous passerons successivement près de la station d’épuration qui traite, entre autre, les eaux du Rieu de Barges et le parc communal du « Vint d’Bise » implanté sur les ruines de la cimenterie Delwart. Nous arrivons aux Fours du Rivage Saint André que le propriétaire actuel, la fondation FAMAWIWI , a nettoyés, restaurés, et reconvertis en espace de culture et de mémoire.

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Des visites guidées sont organisées certains dimanches au printemps et à l’automne. En groupe, on peut solliciter une telle visite en téléphonant au 069-21 30 05 ou par e-mail : famawiwi@multimania.com

Passant sous le pont reliant Chercq à Vaulx, nous côtoyons l’ancienne cimenterie Thorn, maintenant département rive gauche de « CCB » dans la cour de laquelle s’est déroulé le spectacle des Comédiants lors des festivités de « Lille 2004 ». Continuons le long de l’Escaut et nous sommes à la limite de Chercq et Calonne, au quartier de l’Almanach commun aux deux communes. Quelques centaines de mètres plus loin, après les vieux fours Dutoit, nous arrivons aux fours–bouteilles de l’Almanach : fours à chaux Brébart, modifiés pour augmenter la température de cuisson du calcaire afin de produire le ciment naturel, ancêtre de notre actuel « artificiel ».

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Quittons le chemin de halage et montons le « chemin des fours » pour accéder au site des Cinq Rocs. « … Là où il y avait une bosse, ils ont creusé une fosse, là où il y avait une fosse, ils ont élevé une colline… » Cette phrase de Daniel Barbez s’applique parfaitement à ce site. Ces carrières sont parmi les plus anciennes du bassin carrier, des documents des 13 et 14 e siècles en attestent et les situent entre Chercq et Calonne. Des cinq carrières à l’origine, deux ont été comblées avec les terres du TGV pour former l’actuel monticule de 46 m de haut. C’est ce que rappellent les cinq pierres disposées sur le site 2 couchées, trois debout. De la haut, on découvre tout le bassin carrier et même au-delà. Une table d’orientation nous aide à identifier les différents points remarquables.
Nous rejoindrons la rue du Coulant d’Eau ; on pourrait tourner à gauche pour visiter la batterie de 10 fours à chaux Brébart, mais il faudra ensuite revenir sur nos pas, le chemin devient plus loin impraticable et c’est dommage car nous serions arrivés au « parc à sorcières », il n’y a là rien de spécial, c’est un endroit broussailleux dont le seuil intérêt est la légende qui s’y attache et que Walter Ravez a reprise dans son « Folklore du Tournaisis » tandis que Paul Mahieu y fait danser nue « Maurine » l’héroïne de son conte « L’apartenante »
Nous voici pratiquement au bout de notre promenade, nous rejoignons notre point de départ par la rue de Calonne. Si nous éprouvons le besoin de souffler un peu ou d’étancher une petite soif, nous pourrons faire une halte au Café des Archers et nous initier au jeu de fer ou assister a une séance de tir à l’arc à la verticale si c’est un dimanche après-midi à la belle saison ou encore au tir à l’arbalète pendant les mois d’hiver. Il ne nous reste ensuite qu’à récupérer nos véhicules.
Jean Bonnet – février 2006

One comment on “Chercq
  1. Bonjour, je recherche des infos sur l’histoire de la maison du peuple de chercq. Auriez-vous des textes sur le sujet. Je sais que Daniel Barbez a écrit des articles à ce sujet mais peut-on les retrouver sur internet? D’avance, merci pour votre collaboration.
    Vincent Dubois – Journaliste l’Avenir.

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